La modernité ne contraint pas.
Elle enveloppe. Elle adoucit les angles, amortit les aspérités, remplit les vides avant même qu’ils ne se fassent sentir.
Tout devient accessible, continu, lisse.
Rien ne manque vraiment — et c’est là que quelque chose se perd.
Quand le corps n’a plus à chercher,
quand l’attente disparaît, les sens deviennent hésitants.
On agit sans netteté, on répond sans écouter, on consomme sans discernement clair.
Des sensations sont présentes, mais elles ne guident plus.
Elles distraient.
Peu à peu, le jugement ne s’ancre plus dans le tangible,
mais dans ce qui est proposé, suggéré, facilité.
La décision semble personnelle,
alors qu’elle a déjà été préparée.
Chez l’Akita, ce glissement se perçoit très finement.
Dans un environnement trop plein, trop prévisible,
son regard se voile.
Il ne résiste pas, il ne s’oppose pas — il s’éloigne.
L’animal qui, par nature, jauge, mesure, choisit,
cesse de trancher.
Il suit le flux, répond au mouvement,
sans y engager pleinement sa présence.
L’Akita n’a pas besoin d’abondance.
Il a besoin de justesse.
D’un rythme lisible.
D’un lien clair entre ce qu’il perçoit et ce qu’il fait.
Lorsque tout est fourni, expliqué, anticipé,
le discernement ne disparaît pas.
Il se dilue.
Cette brume légère, le moya, n’empêche pas de voir — elle empêche de voir net.
Et un jugement qui ne s’exerce plus finit toujours par se dissoudre.
À partir d'ici, deux chemins s'ouvrent à vous :