"C'est le chien dangereux de l'émission, je le reconnais !"
Cette phrase, entendue au détour d'un reportage télévisé (type 66 Minutes ou Enquête d'Action), résonne comme un coup de poignard pour tout passionné de la race. À l'écran : un Akita Inu hors de contrôle, présenté comme une bombe à retardement. Dans les salons : des milliers de téléspectateurs qui associent désormais "Akita" à "Danger".
En tant qu'éleveur et comportementaliste, je ne peux pas laisser passer cette image sans explication. Ce que vous voyez à la télévision n'est pas la fatalité de la race. C'est le résultat d'une équation catastrophique que je ne connais que trop bien.
Contrairement aux clichés diffusés dans ce type de reportages sensationnalistes, la réalité de l'Akita est toute autre. C'est d'ailleurs pour cette expertise comportementale et cette vision nuancée que France 3 a sollicité notre analyse, loin des mises en scène dramatiques.
Analysons ensemble pourquoi ce chien en est arrivé là.
L'Akita Inu est victime de sa beauté. C'est un fait. On le veut pour son allure de "nounours", pour faire comme dans le film Hatchi, ou pire, pour frimer avec un chien "qui en impose".
Le problème des reportages sensationnalistes, c'est qu'ils montrent la conséquence (l'agressivité) sans jamais enquêter sur la cause réelle. Ils stigmatisent une race entière sur la base d'individus détruits par l'homme. Résultat ? On crée de la peur chez les uns, et une fascination morbide chez les autres qui voudront "dompter la bête".
Il faut oser le dire : un chien ne naît pas "fou", on le façonne. La majorité des troubles comportementaux graves (comme ceux vus à la télé) prennent racine bien avant l'arrivée chez le propriétaire. Ils naissent dans les conditions d'élevage.
Si vous achetez un chiot produit dans une "usine" :
Vous n'achetez pas un compagnon, vous achetez une bombe à retardement. Ce chien n'a pas appris les codes canins, il n'a pas appris l'apaisement. Il est en mode "survie". Et un Akita en mode survie, c'est un Akita qui mordra pour se protéger.
L'autre moitié de l'équation, c'est l'humain au bout de la laisse. Dans ces émissions, on voit souvent des maîtres dépassés, incohérents, qui alternent entre brutalité mal placée et laxisme total.
L'Akita Inu est une éponge émotionnelle. Il ne triche pas.
Le chien "dangereux" de l'émission est souvent le symptôme d'un foyer où la communication est rompue. Il n'est pas "méchant", il est perdu. Il hurle son mal-être avec ses dents parce que personne n'a su lire ses signaux.
Alors oui, voir un Akita agressif à la télévision me met en colère. Pas contre le chien, mais contre la chaîne de responsabilités brisée qui a mené à ce drame.
L'Akita Inu est un chien noble, digne et profondément loyal. Mais c'est un chien qui se mérite. Il demande une sélection génétique rigoureuse (le travail de l'éleveur) et une remise en question permanente (le travail du maître).
Ne jugez pas la race sur les images du 20h. Jugez-la sur ce qu'elle est vraiment quand elle est respectée : une force tranquille.